L’AURORE ETAIT UNE AUREOLE


L’aurore apparaissait ; elle ressemblait à un abîme
D’éblouissement, spacieux, insondable et sublime ;
Une nitescence de paix et de bonté.
C’était aux premiers moments du jour ; et la clarté

Brillait impassible au front d’un ciel inaccessible,
C’était tout ce que Dieu pouvait avoir de visible ;
Tout s’éclairait, l’ombre et le brouillard obscur ;
Des avalanches d’étincelles s’écroulaient dans l’azur ;

Le jour en flamme, au fond de la terre ravie,
Embrasait les lointains mirifiques de la vie ;
L’horizon plein d’ombre et de rocs poilus ;
Et d’arbres effrayants que l’homme ne voit plus,

Luisait comme le songe ou le vertige,
Dans une profondeur d’éclair et de prestige.
Les flammes, impudiques, s’éveillaient mollement ;
Les oiseaux gazouillaient, un hymne si charmant,

Si frais, si gracieux, si tendre sur les arbres verts,
Qu’ils en oubliaient une méchante grippe aviaire ;
Les volailles se sauvaient dans les plaines,
A l’approche des gendarmes confondant leurs haleines,

Hésitaient, dans le chœur des concerts de cris infinis,
Entre être la proie des hommes ou la chanson des nids.
La campagne ressemblait pourtant à l’univers. C’était
Une heure où l’on dirait que tout le monde se tait,

Quand les étoiles s’éclipsent et que le monde change.
Les villes étendaient une pourpre de honte dans les [granges.
La nature matin n'était pas oubliée ;
Et sur elle encore immaculée

Qui du Dieu Tout Puissant avait gardé l’accent,
Sur ce monde céleste, pourtant bien innocent,
Le matin, murmurant une sainte parole,
Souriait, et l’aurore était une auréole.







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