jeudi 23 juillet 2015

L'enfant silence



       Elle vit dans la maison des loups.
    Quand les écoliers rentrent chez eux en riant, elle prend le chemin de la nuit. On pourrait croire qu’elle rejoint une maison comme les autres, mais son pas est lourd, beaucoup trop lourd pour une enfant.
       Elle ne dit jamais rien. Ses lèvres bougent parfois, en silence. À l’école, elle murmure dans sa tête, mais personne ne l’entend :
       « A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne... »
       Son silence inquiète la maîtresse. Alors le matin, parfois, on l’assoit devant une dame qui sent bon la banane et le pain grillé. Elle plonge son regard dans les yeux bleus de la dame et se dandine d’une cuisse sur l’autre.
       La femme voudrait que l’enfant parle, mais l’enfant ne voit pas ce qu’elle pourrait lui dire. Lui raconter la tanière qu’elle aime par-dessus tout ? Lui décrire ses loups et leur chaleur poivrée ?
       L’enfant sait bien que ce n’est pas ce qu’attend la dame. Alors elle ne dit rien.
       Elle ne dit pas les jours rouges, ceux des bêtises et ceux où elle mouille sa culotte. C’est de sa faute, elle sait bien qu’elle ne devrait pas, elle est grande maintenant. Mais son corps, lui, ne le sait pas. Et les loups hurlent trop fort levant les habits trempés.
       Ils hurlent l’un après l’autre d’abord, puis l’un sur l’autre, et enfin les deux ensemble sur elle toute seule. Les jours très rouges, la ceinture de cuir fouette l’air et l’avale tout entier. L’enfant ne peut plus respirer. Mais ça, elle ne peut pas le dire, ils les sépareraient, elle le sait.
       Elle ne veut pas vivre loin d’eux, elle ne peut pas. Sans ses loups, elle n’existe plus, elle doit les protéger. Alors les lettres volent dans sa tête et les mots se cognent aux murs de son secret.
       A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne…
       Parce qu’il y a aussi les jours bleus, quand les loups ronronnent et qu’il est si doux de se serrer contre eux. La tanière a l’odeur de la châtaigne et la douceur de la mousse sur le chocolat chaud. Le A de l’alouette prend son envol et valse dans sa tête où le ciel est bleu. Et ça, pour rien au monde elle ne voudrait que ça finisse.
       Les yeux de l’enfant silence boivent le monde.
       A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne.
       Si seulement elle pouvait... Elle voudrait juste effacer les gueules grandes ouvertes, les dents et la bave mélangées, ses cris muets et la chaleur humide de ces grands corps trop lourds à porter.
       Les jours rouges, la grotte est un coeur brisé.
       L’alouette est tombée au sol. Impuissant, le ciel violet crache des éclairs froids.
       Quand tout est fini, l’enfant ramasse les lettres éparpillées. Une à une, elle les pose au bord de sa tête. Petit à petit, elles forment des colliers de mots. Dans la main de l’enfant silence, les craies tracent les couleurs d’un soleil pâle.
       La dame au parfum de pain grillé tend la main. Ses yeux bleus caressent le dessin inachevé. Elle sourit. Elle murmure : « C’est beau... »
       Alors les larmes de l’enfant silence emportent les lettres. Les mots coulent comme la rivière saute de galet en galet. Ils ouvrent toutes les portes à secrets et délivrent son histoire.
       A avec l’alouette, B berce le bébé, C comme un cygne...
       L’enfant lance ses mots et rebondit sur la marelle de sa vie.
       Dans le ciel, l’alouette sourit.



©Cécile Roumiguière ; Benjamin Lacombe
L’enfant silence
Paris, Éditions du Seuil, 2008












                                                   

mercredi 22 juillet 2015

Lorsqu’on se trompe d’adresse E-Mail.

  
         En Belgique francophone, un couple de Wallons décide de partir en week-end au littoral et de descendre au même hôtel qu'il y a 20 ans, lors de leur lune de miel. Mais, au dernier moment, à cause d'un problème au travail, la femme ne peut pas prendre son jour de congé.
         Il est donc décidé que le mari prendrait le train le jeudi, et sa femme le lendemain.
         L'homme arrive comme prévu et après avoir loué une chambre à l'hôtel Riant-Séjour, il se rend compte que l’hôtel possède une connexion internet. Il branche donc son portable et décide alors d'envoyer un courrier à sa femme.
         Mais il se trompe  d’adresse Mail.
         C'est ainsi qu'à Liège une veuve, qui vient de rentrer des funérailles de son mari mort d'une crise cardiaque, reçoit  un message qui ne la concerne pas lorsqu’elle ouvre la boîte de réception électronique de son ordinateur pour voir s'il n'y a pas de messages de la famille ou des amis proches de son feu mari.
         À la lecture du premier message, elle s'évanouit.
         Son fils entre dans la chambre et trouve sa mère allongée sur le sol, sans connaissance, au pied de l'ordinateur.
         Sur l'écran, on peut lire le message suivant :
         « Je suis bien arrivé au Riant-Séjour.
         « Tu seras certainement surprise de recevoir de mes nouvelles aussi rapidement mais, maintenant, ce n’est plus comme avant ; ils ont Wifi gratuit, et tu peux envoyer des messages à ceux que tu aimes.
         « J'ai vérifié que tout était prêt pour ton arrivée demain vendredi.
         « J'ai hâte de te voir. Ne travaille pas trop. Laisse un peu travailler les autres ! La vie est trop courte. Ce n'est pas dans la tombe que tu pourras encore profiter de tes vacances au soleil.
         « J'espère que ton voyage se passera aussi bien que le mien.
         « Je me suis renseigné sur l’horaire des trains en provenance de Liège. Je t’attendrai à la gare.
         « Bisous.

         « P.S. : Il n'est pas nécessaire que tu apportes beaucoup de vêtements : il fait une chaleur d'enfer ici !

         La veuve, à Liège, n'a toujours pas compris ce qui s'est passé, et son fils non plus. Ce fut à peine si elle n'avait pas cru que son feu mari lui avait envoyé un e-mail de par-delà la tombe.
         Quant au couple de Wallons, ils passèrent des vacances tranquilles et ne se demandèrent même pas si l’e-mail du mari avait bien été envoyé, d'une part, et, d'autre part, s'il avait été bien reçu.
         Je termine ici mon conte, il vous suffira de le poser sur votre coeur.


Liège, Belgique, juillet 2015,




dimanche 19 juillet 2015

La Disparition de Satan

       Quand  eut pour cadre cette histoire ? Je ne saurais pas le dire. Si je vous dis une année, je mentirais ; si je vous dis un mois, je mentirais ; si je vous dis un jour, une heure, un lieu, je mentirais également, tout comme le nom du protagoniste de ce récit. Et, comme ce récit est imaginaire, il faut bien vous dire que je ne suis pas payé pour dire la vérité !
       Si encore j’étais payé pour quelque chose !
       Un grand illusionniste, dont je n’ai jamais connu le nom et que je n’ai jamais rencontré, avait un tour favori qu’il avait surnommé la « Disparition de Satan ». À première vue, l’illusion était simple. Il enfermait son assistant, déguisé en diable, dans un grand coffre. Ensuite, il tirait un coup de revolver, ouvrait le coffre et il était vide : le diable avait disparu !
       Vous me direz que vous avez déjà assisté à des centaines de disparitions, comme ça !
       Vous avez raison, puisque lorsque l’illusionniste s’apercevait de la disparition du diable, il semblait contrarié.
       Il lançait alors trois appels ; au troisième, le diable devait arriver du fond de la salle en bondissant et crier : « Me voilà ! Me voilà ! »
       Bien entendu, comme dans tous ces tours de disparitions, le fond du coffre dissimulait une trappe ; mais, habillements placés, des miroirs donnaient l’impression d’un certain espace libre entre le coffre et le sol.
       Or, en tournée dans une ville où il y avait deux théâtres, presque porte à porte, l’illusionniste apprit un beau matin que son assistant était malade et incapable de jouer le soir. Pendant un moment, notre illusionniste fut réellement contrarié. Il ne voyait pas comment s’en sortir. Il arriva à mettre la main sur un garçon à l’air visiblement peu dégourdi.
       Toute la journée, l’illusionniste et son nouvel assistant répétèrent. Au coup de revolver, le garçon disparaissait par la trappe ; il sortait ensuite en rampant en dessous de la scène, s’élançait dans la rue, gagnait clopin-clopant l’entrée principale du théâtre pour traverser enfin la salle ventre à terre en criant : « Me voilà ! Me voilà ! »
       Le soir donc, toutes dispositions étant prises, le moment de cette fameuse « Disparition de Satan » arriva.
       Vêtu d’un collant et d’un manteau écarlates, le garçon apparut et il s’introduisit dans le coffre magique.
       L’illusionniste referma le couvercle du coffre et, après quelques tours de magie destinés à détourner l’attention du public, il tira un coup de revolver. Quand il rouvrit le coffre, il poussa un soupir de soulagement ; comme prévu, le coffre était vide, la trappe refermée.
       –– Où est le diable ? cria-t-il.
       Un silence pesant emplit la salle.
       –– Où est le diable ?
       Nouveau silence. Silence absolu. Le diable, cette fois, avait bel et bien disparu !
       Pendant ce temps, notre garçon, dans son accoutrement de diable, avait atteint le trottoir. Un agent l’arrêta, curieux de savoir ce qu’il fabriquait dans cette tenue. Il lui fallu un moment pour s’expliquer ; finalement, l’agent le laissa partir.
       Quelque peu troublé, le malheureux courut à la porte du théâtre, où le portier refusa de le laisser entrer. Excédé le jeune assistant lui lança un direct à la mâchoire et se rua dans la salle.
       Comme il se sentait en retard, il n’attendit pas le signal et fonça tout droit par l’allée centrale en criant à tue-tête : « Me voilà ! Me voilà ! »
       Or il s’était trompé de théâtre. Sur la scène, au lieu de l’illusionniste, se trouvait un groupe d’acteurs vêtus de robes blanches et portant des ailes.
       Le diable avait surgi au beau milieu d’une scène où les anges s’apprêtaient à emporter une petite fille au Ciel !


Liège, Belgique, juillet 2015

samedi 11 juillet 2015

Une bouteille à la mer !

       Vous est-il déjà arrivé de jeter à la mer un message contenu dans une bouteille ?
       C'est ce que fit, voilà plusieurs années, un jeune marin suédois. Un jour où il se sentait du vague à l'âme, en haute mer, il jeta par-dessus bord une bouteille, hermétiquement close, dans laquelle il avait glissé une lettre invitant la jeune fille qui la trouverait à lui écrire en retour.
       Deux ans plus tard, la bouteille fut rejetée par les flots sur une côte de Sicile. Un pêcheur la ramassa et, pour plaisanter, la remit à sa fille, la jolie Paolina. Également pour s'amuser, Paolina écrivit au jeune marin. Ils se mirent à correspondre de plus en plus souvent. Bientôt le jeune Suédois arriva en Sicile et, à l'automne de la même année, il épousait Paolina. Un nouvel épisode venait de s'ajouter à l'étonnante histoire des bouteilles qui dérivent au gré des océans.

Des bouteilles comme neuves

       Malgré son air d'extrême fragilité, une bouteille hermétiquement bouchée est un des objets qui tiennent le mieux la mer. Dansant sur l'eau, elle passera sans encombre à travers des ouragans capables d'envoyer de grands navires par le fond.
       D'ailleurs, à moins de le laisser tomber ou de lui faire subir un choc violent, le verre est pratiquement éternel. En une année dont je ne me souviens point le millésime, des plongeurs fouillaient l’épave d’un bateau coulé deux cent cinquante ans auparavant, au large des côtes d’Angleterre ; ils en remontèrent quantité de vieilles bouteilles. Impossible d’identifier le liquide qu’elles contenaient, mais les bouteilles étaient comme neuves.
       La vitesse à laquelle une bouteille dérive varie avec les vents et les courants. Flottant dans un coin d’océan tranquille, elle peut se déplacer d’un mille marin (1.852 mètres) par mois. En revanche, le Gulf Stream l’entraînera à vive allure ; poussée par ce puissant courant qui traverse l’Atlantique, elle parcourra jusqu’à 100 milles par jour.
·            Le Gulf Stream est un courant océanique qui prend sa source entre la Floride et les Bahamas et se dilue dans l'océan Atlantique vers la longitude du Groenland après avoir longé les côtes européennes. Son nom est abusivement utilisé pour désigner la dérive nord atlantique, voire l'ensemble de la circulation de surface de l'océan Atlantique Nord.
       Personne, cependant, ne peut prédire avec certitude la direction qu’elle suivra. Un jour, deux bouteilles furent jetées à la mer simultanément, tout près de la côte du Brésil. L’une dériva en direction de l’est pendant 130 jours et fut retrouvée sur une plage africaine ; l’autre vogua pendant 196 jours vers le nord-ouest et vint finalement échouer au Nicaragua, en Amérique centrale.
       D’autre part, deux autres bouteilles qui avaient été lancées au beau milieu de l’Atlantique atterrirent toutes deux sur la côte française, à quelques mètres seulement l’une de l’autre, après 350 jours de mer !

Le « Vaisseau fantôme »

       Le record de la distance parcourue en mer par une bouteille semble appartenir à une vaillante championne, surnommée le Vaisseau fantôme ».
       Des savants allemands l’avaient lancée en 1929, si mes notes sont exactes, dans le sud de l’océan Indien. Elle contenait un message qu’on pouvait facilement lire de l’extérieur, sans briser le verre. Ce message priait les gens qui trouveraient la bouteille de la rejeter à la mer sans l’ouvrir.
       La voyageuse dut rencontrer un courant qui portait vers l’est, car elle commença par dériver jusqu’à la pointe méridionale de l’Amérique du Sud. À plusieurs reprises, elle y fut découverte, signalée et relancée à la mer.
       Après avoir franchi le cap Horn, elle traversa hardiment l’Atlantique et pénétra de nouveau dans l’océan Indien. Elle passa même à l’endroit où elle avait été primitivement lancée.
       Son périple s’acheva sur la côte ouest de l’Australie où, d’après mes sources, elle échoua en 1935. En fait, elle avait parcouru 24000 kilomètres en 2477 jours, circulant donc à la vitesse moyenne de dix kilomètres par jour pendant six ans. Elle mérita bien un prix d’endurance !

Ces voyageuses rendent de multiples services

       Les bouteilles se sont montrées particulièrement précieuses pour établir les cartes des courants marins. Dès le XVIIIème siècle, les navires ont pu, grâce à ces cartes, éviter les courants contraires et profiter des courants favorables
       La première carte a été dressée aux alentour de 1750 –– ce n’était pas hier –– date à laquelle une grande partie de l’Amérique du Nord appartenait à l’Angleterre ; le directeur des Postes américaines était alors Benjamin Franklin, le célèbre homme d’État. Franklin en était venu à se demander pourquoi les navires des messageries anglaises mettaient régulièrement une ou deux semaines de plus que les baleiniers américains pour traverser l’Atlantique.
       Il pensa que le Gulf Stream était, peut-être, la clef du mystère. En interrogeant les capitaines des bateaux américains, il constata qu’ils connaissaient tout les méandres du Gulf Stream et en tiraient parti, chose que les pilotes des navires anglais ne savaient pas faire.
       Franklin établit ainsi une première carte avec l’aide des baleiniers. Il la vérifia ensuite, en faisant lâcher dans le Gulf Stream des bouteilles scellées et en demandant aux gens qui les trouvaient de lui renvoyer les messages enfermés dedans. Il obtint, de la sorte, sur la dérive des bouteilles, bien des renseignements qui lui permirent d’établir un tracé très précis du cheminement des courants. La carte définitive qu’il arriva à dresser ainsi a subi très peu de corrections par la suite.
       Un autre personnage célèbre étudia les courants marins à l’aide de bouteilles : le prince Albert Ier de Monaco, grand-père du prince Rainier. Sa science se révéla extrêmement précieuse dans les mois qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale.
       À cette époque, des milliers de mines, allemandes et anglaises, dérivaient encore dans les eaux européennes constituant un danger mortel pour la navigation. Il s’agissait de savoir où l’on risquait le moins d’en rencontrer. C’est alors qu’intervint le prince Albert Ier. Sept semaines après l’armistice de 1918, il put fournir des cartes qui indiquaient aux commandants des navires les routes à suivre pour éviter les zones vers lesquelles les mines, poussées par les courants, avaient le plus de chances de dériver. Le même système fut employé après la Seconde Guerre mondiale.

Une dépêche historique dans une bouteille

       Les bouteilles à la mer, tout au long des siècles, ont transporté une étonnante diversité de message. Pendant le siège de Paris, en 1870, le service français des Postes eut l’idée de communiquer avec la ville assiégée au moyen de cylindres en zinc pouvant contenir 600 lettres, que l’on jetait dans la Seine et qui, portés par le courant, devaient traverser les barrages établis par le Génie allemand. On les appela « boules de Moulins » parce que toute correspondance avec Paris se trouvait centralisée à Moulins. Malheureusement, des 68 boules jetées dans la Seine, aucune ne parvint à destination pendant le siège. La première d’entre elles ne fut retrouvée qu’en 1871.

S.O.S.

       Quant aux marins en difficulté, que de fois ils se sont servis de bouteilles pour demander du secours ! En 1875, l’équipage d’un voilier canadien, le Lennie, se mutina en plein golfe de Gascogne. Tous les officiers du bord furent tués et les marins décidèrent de faire voile vers la Grèce, au lieu de se rendre en Amérique où le navire était primitivement attendu.
       Un membre de l’équipage n’avait pas participé à la révolte ; c’était un steward belge du nom de Van Heydel. Il avait eu la vie sauve, parce qu’aucun des mutins ne connaissaient l’art de naviguer et qu’ils avaient besoin d’un pilote. Or Van Hetdek savait lire et écrire ; ses compagnons s’imaginaient qu’il pourrait, peut-être, aussi diriger le navire.
       Il faut croire qu’il en était capable, car il mystifia complètement les mutins. Il mena le Lennie tout près de la côte française, en leur faisant croire qu’il s’agissait de l’Espagne. Puis, prenant bien soin de ne pas être vu, il jeta à la mer plusieurs bouteilles contenant des appels à l’aide.
       Quelques heures plus tard, une de ces bouteilles fut découverte sur une plage française de la côte de l’Atlantique. Les autorités françaises crurent à une plaisanterie, mais elles préférèrent envoyer un petit bâtiment de guerre pour s’en assurer.
       Les marins français ne tardèrent pas à repérer le Lennie ; ils l’accostèrent et arrêtèrent l’équipage. Quelque temps après, les mutins furent jugés à Londres et quatre d’entre eux furent pendus. En témoignage de satisfaction et de reconnaissance, les propriétaires du Lennie remirent à Van Heydek une récompense de 50 livres sterling.
       Un des cas les plus curieux de transport de message par bouteille est, sans doute, celui du marin japonais Matsuyama. En 1784, il avait mis à la voile avec 44 compagnons pour se livrer à la chasse au trésor dans les îles du Pacifique. Leur bateau fit naufrage et tous moururent de faim sur un récif de corail en plein océan. Peu avant de mourir, Matsuyama  grava un court récit de leur fin tragique sur un morceau de bois et l’enferma dans une bouteille qu’il jeta à l’eau. En 1933, plus de cent cinquante ans après avoir été jetée à la mer, la bouteille de Matsuyama s’échoua sur la côte japonaise, à l’endroit même où s’élevait le village de pêcheurs où Matsuyama  était né.

Pourquoi ne pas trouver une bouteille ?

       Peut-être, un jour, une bouteille vous apportera-t-elle la fortune ? En 1958, les grands magasins David Jones, de Sydney en Australie, ont lancé à la mer un certain nombre de bouteilles pour fêter le 120è anniversaire de leur création. Or, elles contiennent des bons donnants droits à des cadeaux, pour une valeur assez considérable !
       Aux dernières nouvelles, les bouteilles n’ont pas été encore retrouvées…
       Mais sait-on jamais ? Ce sont les vacances. Rien ne dit qu’une de ces bouteilles n’atterrira pas sur votre plage ?


                                                 Source : © Gordon Gaskill