samedi 6 août 2016

Écrire à l’âge de l’atome



       La correspondance privée est en voie d’extinction, depuis pas mal de temps. Le développement des techniques modernes : l’ordinateur, la tablette, l’iPhone et les techniques audio-visuelles rendent chaque jour l’encre et le papier un peu plus anachroniques. La lettre personnelle a disparu depuis longtemps, au profit du téléphone portable etc.
       Internet nous renseigne sur les événements quotidiens, bien avant la télévision, peut-on dire, avec plus de précision et combien plus rapide que ne pourrait le faire une missive. Si bien que la circulation des nouvelles, assurée surtout par les lettres personnelles, n’est plus la raison primordiale qui pousse l’homme à en écrire.
         Pourtant, si nous en jugeons par le volume de notre courrier, jamais autant de mots n’ont été couchés sur une feuille de papier qu’en ce vingt-et-unième siècle. La raison nous saute rapidement aux yeux : jamais l’activité économique n’a été aussi intense, jamais les consommateurs n’ont été aussi sollicités.
       Par ailleurs, l’homme moderne se débat au milieu d’un réseau inextricable  d’organismes, de caisses, de bureaux, de publicités pour les pâtes dentifrices, etc. « Cette enveloppe qui porte mon nom dactylographié, vient-elle de ma compagnie d’assurance, de la Sécurité sociale, du percepteur ? » Les lettres d’affaires, les lettres administratives se multiplient sans cesse, et, si nous sommes surtout destinataires, nous sommes aussi expéditeurs : car il faut expliquer que nous avons déjà payé la redevance TV., il faut prouver que c’est l’année dernière que nous avons commencé à cotiser pour cette retraite complémentaire. 
       Notre courrier personnel, il est vrai, est moins abondant que par le passé, mais peut-être, sa rareté relative le rend-il plus précieux. Nous avons tous au moins un ami, une cousine, un oncle dont les lettres sincères, amusantes, émouvantes, et en tout cas bien écrites, font à la fois notre joie et notre envie. Il est peu de plaisirs plus subtils que de recevoir une longue et belle épître de quelqu’un qui nous est cher. À une époque où le temps nous presse un peu plus chaque jour, comment mieux prouver qu’en lui écrivant l’intérêt, l’amitié que l’on porte à autrui ? La lettre personnelle, denrée rare aujourd’hui, est devenue un cadeau délicat.
       Une lettre bien écrite est comme un plat bien préparé : on l’aborde avec gourmandise, on la goûte jusqu’à la dernière bouchée. Pas plus que le grand cuisinier, l’écrivain accompli ne surgit du néant maître de son art, telle Athéna sortie toute armée du cerveau de Zeus, son père. De même que le chef cuisinier est d’abord marmiton pour apprendre les secrets du métier, celui qui veut bien écrire doit passer des heures à sa table de travail avant d’acquérir précision, clarté, style.
      Cet apprentissage est nécessaire quel que soit le domaine envisagé, professionnel, privé ou encore scolaire. 
     À l’école, au bureau ou à la maison, nous écrivons, encore et toujours, nous alignons des mots sur du papier. Comment évaluer la quantité de lettres, de notes, de messages, de cartes postales, postés ou distribués chaque jour ?À coup sûr, elle est énorme.
       L’on écrit, bien entendu, dans l’attente ou du moins dans l’espoir d’être lu ! Et pourtant nous savons qu’une grande partie de ce que nous écrivons –– même à nos proches –– retient à peine l’attention du destinataire.
       Dans ces conditions, si nous voulons attirer l’attention –– les écrivains disent : ”vendre notre produit” ––, il nous faut le rendre plus séduisant, plus attrayant, plus agréable. Notre problème, ne le cachons pas est le suivant : éveiller l’intérêt de celui qui nous lit, puis soutenir cet intérêt jusqu’au bout. Nous voulons que tout soit lu, de la première ligne à la dernière ligne, et que notre missive ne finisse pas dans la corbeille à papiers. Voilà pourquoi il ne faut pas ménager nos efforts pour apprendre –– si ce n’est déjà fait –– et pour nous entraîner à rédiger nos lettres de façon à captiver l’attention de notre correspondant. Si tante Berthe  ne comprend pas tout de suite que vous vous inquiétez de sa santé : c’est raté !
       Plus nous parlons, plus la parole nous devient naturelle. Plus nous écrivons, plus les mots nous viendront facilement.
       C’est tout simple !



Liège (Belgique), août 2016,