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A Laurence,

Quand le soleil de mai rit à travers les feuilles, Quand d’un regard charmant, joyeuse, tu m’accueilles, Je sens un feu divin dans mon cœur s’allumer ; Sans l’amour, sans la foi, notre âme serait noire. Dieu ne l’a pas voulu. La nature fait croire, La femme fait aimer. Oh ! pour le reste de la vie, Qu’on nous plaigne ou qu’on nous envie, Tant que nos cœurs se comprendront, Puisse une sereine pensée, A ton chevet toujours fixée, Poser ses ailes sur ton front ! Figurez-vous, ô dame, au beau front triomphant, Au frais sourire en une fraîche bouche, A l’oeil limpide, innocent et farouche Dont la paupière en amande se fend. Vous êtes gaie et rose, grande et svelte. Je respire à peine devant elle, Tout fier d’être homme et tout sot d’être enfant. Elle est gaie et pensive ; elle me fait songer A tout ce qui reluit malgré de sombres voiles, Au bois pleins de rayons, aux nuits pleines d’étoiles. ...

La lettre du gros

Chère Amour ,        Notre histoire d’amour est la plus belle et la plus simple qui soit. Si les autres ne nous comprennent pas, peu importe ! Aujourd’hui, je n’avais pas envie d’écrire ; j’écris quand même ! Ma mère est malade. Elle a trop bu de cidre, la nuit. Elle déraille encore et n’arrête pas de parler de Valognes, sa ville natale… Elle me rappelle sans cesse qu’elle ne m’a pas voulu… Le chagrin de m’avoir mis au monde. Bref ! Tout ça m’est égal. Père ne travaille plus, comme tu le sais, depuis des années. Il est au chômage et n’arrête pas de prétendre que seul le gouvernement est responsable de sa pauvre vie !        Depuis des années, ma mère a peur qu’il ne la frappe, car il a beaucoup plus de force qu’elle… Il fait plus mal. Moi, j’ai l’habitude ! À 11 h 23, je me souviens de l’heure parce que je l’ai regardée à la montre que tu m’as offerte pour mon anniversaire, je suis sorti pour acheter une salade...

La péniche de la mort

     La mer n’était plus son amante depuis longtemps. On sentait, malgré tout, en cet homme de soixante ans aux cheveux blancs, une tendresse paternelle, une douceur résignée de pauvre, comme habitué, maintenant, à refréner l’expression de son désespoir, simplement parce que la vie continuait.        Le pli de ses lèvres oscillait entre une moue de chagrin et un vague sourire, alors qu’il observait les vieux cargos.        C’était l’aube. Les paupières remplies de liquide, il regardait, alentour, lourdement, avec un air appliqué, comme s’il eût voulu se donner l’impression qu’il découvrait encore une flotte vivante.        C’était l’été. Un été froid, pluvieux.        L’homme contemplait les poissons à travers une couche d’eau qui interdisait tout contact entre eux et lui. Il les voyait rester longtemps immobile, puis, d’un frémissement d...

La montre sertie de pierres précieuses

       Le jour où la petite Nicole Devoy poussa la porte de sa boutique, Marcel Beaumont était bien l’homme le plus solitaire de toute la ville de Liège. Peut-être, à l’époque, avez-vous eu vent de cette histoire ?        Cependant, la presse n’a jamais donné de noms ni de détails comme je le fais ici.        Beaumont avait hérité de son grand-père une boutique de bric-à-brac, rue Saint-Paul, une rue commerçante, située à gauche de la Cathédrale. Dans la vitrine minuscule s’entassaient les objets les plus hétéroclites : bracelets, médaillons du siècle passé, bagues d’or et coffrets d’argent, jades et ivoires sculptés.        Avec moins d’objets précieux, Marcel faisait aussi les brocantes d’Outremeuse ou du grand magasin Belle- île.        Mais, en cet après-midi de décembre, rue Saint-Paul, une fillette se tenait deva...